
Garches, une ville qui se mérite
L'esprit village aux portes de Paris

À 12 kilomètres de Notre-Dame de Paris, Garches n'est pas une ville qu'on traverse. C'est une ville qu'on découvre — et qui révèle, à chaque colline, une strate de son histoire.
Des vignes aux pavillons

Le Chemin des Vignes - Photo Ville de Garches
Garches apparaît pour la première fois dans les textes en 1070, comme un petit hameau dépendant de la seigneurie de Saint-Cloud. Devenue paroisse en 1298, elle se développe progressivement en un village, avant d'acquérir à la Révolution son statut de commune.
Pendant de longs siècles, Garches fut un village agricole. À la veille de la Révolution, un tiers du territoire de la commune était planté en vignes. On y comptait encore 50 vignerons en 1851, une confrérie de saint Vincent, des gardes-messiers qui surveillaient les vignobles, et des grappeux qui cueillaient les grappes oubliées après les vendanges.
Le Chemin des Vignes, que les coureurs des Collines de Garches arpenteront dès les premiers kilomètres, n'est pas qu'une côte redoutable — c'est une mémoire. Celle d'un territoire rural qui fabriquait son vin bien avant de construire ses pavillons.
Le choc de Buzenval puis le train qui change tout

La bataille de Buzenval - anonyme (c 1871)
Le 19 janvier 1871, la bataille de Buzenval ravage le village : l'église s'effondre, les maisons sont détruites, les habitants se réfugient dans les caves et les hangars.
Garches se relève sans plan d'urbanisme — chacun reconstruit à sa guise. Les coureurs des "5 Collines" passeront par la rue du 19-Janvier, humble hommage à cette journée qui a laissé ses traces jusque dans la toponymie locale.
La renaissance vient du rail. La ligne Paris-Marly inaugurée le 5 mai 1884 change tout : désormais reliée à la capitale, Garches séduit artistes, industriels et notables, qui s'y installent à l'hôtel le week-end ou y font bâtir leur maison secondaire. La population dépasse les 3 000 habitants au début du XXe siècle.
Une ville d'architecture et de mémoire
En 1927, Le Corbusier choisit Garches pour y réaliser l'une de ses œuvres les plus importantes. Michael et Sarah Stein, collectionneurs américains, lui commandent une villa sur le terrain de leur amie Gabrielle de Monzie — les trois partageront la maison en commun. C'est la plus chère qu'ait dessinée l'architecte entre les deux guerres, et l'une des traductions les plus radicales de ses cinq points de la nouvelle architecture. Le couple Stein n'en profitera que sept ans : en 1935, menacés par la montée du nazisme, ils fuient l'Europe.
Classée monument historique depuis 2017, la villa se dresse aujourd'hui techniquement sur le territoire de Vaucresson — mais c'est à Garches qu'elle est la plupart du temps située dans les manuels d'architecture du monde. Les coureurs des 5 Collines la longeront au 10e kilomètre.
Citons également l'hôpital Raymond-Poincaré, qui ouvre le 14 décembre 1936 sur des terrains contigus à la fondation Brézin. Il porte le nom du président de la République de 1913 à 1920, essentiellement durant la Grande Guerre. Spécialisé dans la prise en charge des handicaps lourds, il devient au fil des décennies l'une des références médicales nationales. La course ne passe cependant pas dans son secteur.

La Villa Stein - Photo Fondation Le Corbusier
Les gens de Garches

Pochette du plus grand succès de Sidney Bechet : Petite Fleur
Les grandes villes s'enorgueillissent de leurs célébrités. Garches peut en être fière à sa façon, discrète et sincère.
Le jazzman américain Sidney Bechet choisit Garches pour y passer les dernières années de sa vie, entre 1956 et 1959, dans une villa rue Frédéric-Clément. Il avait adopté la France dont il disait qu'elle était pour lui plus près de l'Afrique que ne l'était l'Amérique. Il y meurt le 14 mai 1959 — jour de ses 62 ans. Sa tombe au cimetière de Garches porte une épitaphe signée Duke Ellington.
La ville lui a rendu hommage en donnant son nom à son centre culturel, au 86 Grande Rue. Les coureurs des 5 Collines passeront devant juste avant de biffurquer vers la ligne d'arrivée à moins de 50 mètres de là.
Claude Bolling a vécu et travaillé à Garches. Pianiste, compositeur et chef d'orchestre, il fut l'un des musiciens français les plus reconnus à l'international — notamment pour ses œuvres à la croisée du jazz et de la musique classique. Grand amateur de Duke Ellington, il composa également plus d'une centaine de musiques de films, dont Borsalino et Le Magnifique. Un voisin illustre de Sidney Bechet, avec qui il partage l'amour du jazz et... de Garches. Il repose au cimetière de Garches.
Henri Bergson, prix Nobel et philosophe parmi les plus influents du XXe siècle, repose lui aussi dans ce même cimetière.
Daniel Prévost est né et a grandi ici. Le grand public le connaît pour ses sketchs du Petit Rapporteur dans les années 70 ; et bien sûr pour son César du meilleur acteur dans un second rôle en tant que Lucien Cheval, le contrôleur des impôts du Dîner de cons.
Guy Béart a lui aussi choisi Garches pour y vivre les dernières décennies de sa vie - il y est décédé en 2015. Auteur-compositeur-interprète parmi les plus singuliers de la chanson française, il nous a laissé L'eau vive, La vérité, Les couleurs du temps — des textes ciselés, une voix reconnaissable entre toutes, une exigence poétique rare.
Le Bois de St Cucufa - Forêt domaniale de La Malmaison

L'étang de St Cucufa - Photo ©CC BY-SA 3.0

La route de la Côte Grise - Photo Ville de Garches
Officiellement "Forêt domaniale de la Malmaison", plus communément appelé "Bois de St Cucufa". Son nom usuel vient d'un évêque et martyr espagnol du IVe siècle, qui fut honoré par l'édification d'une chapelle (aujourd'hui disparue) dans ce bois au XIIe siècle.
201 hectares de forêt domaniale, majoritairement à Rueil-Malmaison (197 hectares) mais aussi à Vaucresson, gérés par l'ONF. L'un des derniers grands massifs boisés de la petite couronne parisienne.
Son histoire est impériale : acquis par Joséphine de Beauharnais en 1800 pour agrandir le domaine de Malmaison, le bois s'étendait alors sur près de 1 000 hectares jusqu'à La Celle-Saint-Cloud. L'Impératrice y flânait en calèche et y avait fait installer une bergerie près de l'étang. Napoléon III le rachète en 1856 pour le sauver du morcellement ; il devient propriété de l'État en 1871. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert de repère aux résistants de Rueil-Malmaison.
Aujourd'hui, chênes sessiles, châtaigniers, charmes et frênes s'y côtoient sur une vingtaine d'essences. L'étang — deux hectares de tranquillité — abrite poissons, batraciens, hérons et canards. La route forestière est fermée aux voitures chaque week-end, ce qui en fait l'un des rares endroits de la région où l'on court encore dans le silence.
Les coureurs des Collines de Garches y pénètrent aux alentours du 4e kilomètre, longent l'étang, et grimpent la Côte Grise à travers ses sous-bois avant d'en ressortir pour rejoindre le golf. Un écrin de nature inattendu, à douze kilomètres de Notre-Dame.
Garches aujourd'hui
Ville résidentielle et verdoyante d'environ 18 000 habitants, Garches est entourée des communes de Vaucresson, Saint-Cloud et Rueil-Malmaison. Le golf de Saint-Cloud y a son entrée.
Un écrin de nature rare à douze kilomètres de Paris, qui constitue le cœur du tracé des Collines, avec notre voisine, Vaucresson, jolie petite commune de 8 500 habitants environ.
Courir ici, c'est traverser dix siècles d'histoire en 16 kilomètres.

Le centre culturel Sidney-Bechet - Photo Ville de Garches
La course iconique de la ville de Garches

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